La longue marche
des parents d’homosexuels

Un jour, votre enfant a lancé cette petite phrase à laquelle vous vous attendiez sans vraiment y croire : « Je suis homosexuel(le) ». Accepter que son enfant soit différent n’est pas simple. Passé le choc initial, il faut encore surmonter de nombreuses interrogations: est-ce ma faute ? Mon enfant peut-il être heureux ? Et comment va réagir l’entourage, ses collègues de bureau ? Accepter l’homosexualité de son enfant est un long chemin qui demande du temps, de la réflexion, mais qui repose sur deux piliers fondamentaux : le dialogue et l’amour.

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Le poids du secret

Le coming out des jeunes homos est l’aboutissement d’un long parcours. Celui de leurs parents nécessite également un mûrissement laborieux, un long parcours de questionnements, de difficultés à surmonter.

La révélation de l’homosexualité d’un enfant, les longues discussions qui l’ont suivie, peut-être les contacts établis avec d’autres parents, ont finalement abouti à une confiante connivence, même si subsistent des interrogations, des inquiétudes, des sentiments troublants pas encore tout à fait dissipés.
Le chemin vers l’acceptation n’a certes pas été toujours facile ; il a fallu vaincre bien des préjugés, surmonter beaucoup de craintes, faire taire les sentiments de culpabilité, s’informer, répondre aux questions embarrassantes. Momentanément perturbées, les relations affectives sont sorties sauves du choc émotif. Les schémas de pensée ont peut-être été bouleversés, les attentes, souvent non formulées, chamboulées, mais rien n’a finalement changé dans l’amour que l’on porte à son enfant.

Lorsque le masque douloureusement porté dans le secret est tombé permettant aux jeunes, avec soulagement, de vivre enfin en conformité avec leur personnalité homosexuelle, il reste pour les parents à affronter le qu’en-dira-t-on de l’entourage. Les autres membres de la famille, les voisins, les amis. On s’aperçoit alors qu’on ne sait rien des réactions possibles, des jugements qu’ils pourraient porter, des commentaires colportés ; le sujet de l’homosexualité n’a jamais été abordé, puisque personne, en apparence, ne se trouvait directement concerné.
C’est donc au tour des parents de porter le poids du secret. Peur des jugements ? Crainte des affrontements ? Souci d’un préjudice possible dans l’environnement professionnel, peut-être tout simplement respect de la vie privée de chacun ?
Et puis, il y a ces questions qui reviennent comme un leitmotiv au gré des discussions : « Alors, votre fils pas encore marié ? », « Ta fille, pas encore de petit ami ? ». Pas de réponse, mais une esquive maladroite. On n’ose pas encore, lors de la traditionnelle réunion familiale de Pâques, annoncer que le fils n’est pas marié mais vit avec un ami à Londres et que la fille est follement amoureuse d’une femme bibliothécaire.
Il y a aussi toutes ces plaisanteries douteuses qui, autrefois, au mieux, laissaient indifférent et qui désormais ne font plus du tout sourire, comme ces allusions aux pédés et aux gouines qui maintenant aussi sont autant de blessures qu’on tait.
Et puis un jour, le masque devient trop lourd à porter ; assez des faux-fuyants, de réponses ambiguës… Le temps est venu de leur coming out : les proches ont le droit de savoir, même la grand-mère qui accueille la nouvelle avec le sourire, soupçonnant depuis longtemps la réalité. Si les oncles, enfermés dans leurs préjugés et leurs certitudes, tournent le dos au couple homosexuel, peu importe. Au repas de la société de gym, le « Tu ne sais donc pas que mon fils est gay ? » met un point final aux plaisanteries homophobes du lourdaud de service.

Il a fallu du temps. Déchargés de leur secret, les parents d’homos peuvent parler sans entraves de la vie de leurs enfants, des fils et des filles, avec le même respect et la même fierté, comme tous les parents.

Questions sans réponses ? Vraiment ?

Même s’ils ont pu lire certains articles de presse, suivre des émissions télévisées, la plupart des parents ne se sont pas sentis concernés. Maintenant, ils le sont, directement. Mal, sinon pas du tout préparés à la révélation de l’homosexualité de leur fils ou de leur fille, quantité de questions s’imposent à eux. Comme la plupart des parents placés dans la même situation, ils sont bien obligés maintenant de constater le flou de leurs connaissances et la nécessité de chercher de nouvelles clartés.

L’homosexualité est-elle une maladie, une fatalité ?
Y a-t-il une explication à l’homosexualité ?
Aurions-nous dû prévoir son orientation sexuelle ? la prévenir ?
Qu’avons-nous fait de faux ?
Qu’est-ce qui aurait pu l’aider à « tourner autrement » ?
Que peut-on faire maintenant ?
L’homosexualité est-elle réversible ?
A quel âge a-t-il ou a-t-elle pris conscience de son homosexualité ?
Comment se fait-il que nous n’ayons rien vu venir ?
Qu’en sera-t-il de son avenir professionnel ?
Sera-t-elle ou sera-t-il condamné sa vie durant au mensonge, à la clandestinité ?
Et les risques du SIDA ?
Quels risques y a-t-il à fréquenter les milieux homosexuels ?
Que vont penser ses proches, ses collègues, la famille ?
Comment réagira-t-elle ou il aux agressions homophobes ?
Quelle attitude adopter face aux remarques désobligeantes ?
Comment accueillir en famille une amie ou un ami ?
Ne sera-t-il pas ou ne sera-t-elle pas condamné-e à la solitude, à la marginalité ?

A toutes ces questions, et bien d’autres encore, il n’y a souvent pas de réponse toute faite. Certaines tournent longtemps en boucle dans nos têtes. Bien sûr, il y a des livres, des témoignages. Il y a internet. Mais, pour dissiper bien des malentendus, démarquer le vrai du faux, démasquer les préjugés, c’est en discutant, en partageant ses doutes que l’on arrive le mieux à clarifier les questions que l’on se pose.

Mais encore, à qui s’adresser ? Et pourquoi pas à Parents d’homos… ?

Lettre ouverte aux parents d’homos
tentés par une attitude homophobe ou lesbophobe

Vous venez d’apprendre l’homosexualité de votre fils, de votre fille.
Votre enfant est homosexuel, il / elle le sait depuis beaucoup plus longtemps que vous. Il lui a fallu, la plupart du temps sans aucun soutien, cheminer longuement pour reconnaître ce qu’il était, puis tenter de s’accepter comme tel.
Il a vécu dans l’anxiété du jour où vous seriez au courant, ne sachant pas quelle serait alors votre réaction. On doit s’aimer comme on est, pas sur un mensonge, n’est-ce pas?
D’une façon ou d’une autre, et même si cela s’est déroulé dans un climat de tension, il s’est enfin ouvert à vous et c’est à vous désormais qu’il appartient de ne pas briser la dynamique de confiance qui s’est instaurée.
Si l’image que vous vous faisiez…
http://lecritquigratte.hautetfort.com/archive/2006/03/01/lettre-ouverte-aux-parents-d-homos-tentes-par-une-attitude-h.html

Comment le dire

Nombreux sont les témoignages qui disent le long et souvent douloureux chemin que doit suivre un(e) jeune pour découvrir puis reconnaître la réalité d’une destinée homosexuelle. C’est un chemin qu’il faut parcourir en solitaire, sans soutien, sans repères. Dans un environnement imprégné de références familiales, sociales, morales où l’homosexualité n’a pas de place, c’est le plus souvent dans le secret qu’il ou elle doit apprivoiser progressivement sa différence.
Elle est lesbienne. Il est gay.
Oui, mais comment le dire ? Comment échapper aux moqueries, aux insultes et à la probable désapprobation de ses amis ou de ses proches alors que depuis cette prise de conscience, à longueur de journées, il a fallu jouer la comédie, faire semblant, contourner les questions embarrassantes… ?
Comment le dire alors que l’on sait le poids des préjugés homophobes, des jugements catégoriques répandus dans certains milieux, l’humour insupportable pratiqué dans certains cercles ?
Comment le dire alors que tout le monde, autour de soi, s’est fait une image conforme aux schémas de vie traditionnels ?
Surtout comment le dire à ses parents, eux, qui, le plus souvent sans l’exprimer, imaginent pour lui ou pour elle  un avenir, peut-être différent du leur, mais sans doute dans la continuité familiale ? Une carrière. Un mariage, des enfants… Pour eux, des petits enfants…
Comment dire son homosexualité à ses parents alors qu’ils ne se doutent de rien, que le sujet n’a jamais fait l’objet d’une discussion et que l’on ne sait rien des possibles réactions qu’il s’agira d’affronter ? Annoncer son homosexualité à ses parents est probablement l’un des moments les plus importants de la vie d’une fille ou d’un garçon attiré(e) par des personnes du même sexe. Aussi un des moments les plus périlleux. Une preuve de confiance, parce qu’on ne peut plus garder vis-à-vis d’eux le masque du faire semblant.
Comme pour tous les enfants, le maintien du lien familial, quels que soient leurs choix et leur orientation affective, revêt une importance essentielle. Ce devrait être aussi le cas pour les parents, au-delà des préjugés nourris par la tradition, des projets remis en question, du qu’en-dira-t-on. Au-delà  de toutes les préventions que l’on peut avoir à l’égard de l’homosexualité en général au nom desquelles un rejet, une rupture pourraient se produire.

Grandir et se frayer un chemin dans notre monde est un défi auquel chacun est confronté. Mais pour des milliers d’enfants et d’adolescents qui réalisent un jour aimer une personne du même sexe, l’expérience peut tourner au cauchemar. Privés de mots et d’images qui reflètent leurs sentiments, sans soutien ni reconnaissance, nombreux sont ceux qui s’emmurent dans le silence et se croient anormaux. Ils doivent alors se résoudre à vivre dans la honte, la culpabilité, en craignant d’être rejetés par leur famille, leurs amis et la société.

Stéphane Riethauser
à visage découvert
2000 Editions Slatkine