Rares sont les parents qui, apprenant l’homosexualité de leur fils ou de leur fille, l’acceptent sans se poser de multiples questions. La plupart d’entre eux recherchent, parfois dans la souffrance, une cause qui pourrait expliquer l’orientation de leur enfant. Il n’est, en effet, pas toujours facile de parvenir à considérer sa différence comme naturelle. Le cheminement qui conduit à la sérénité et à une acceptation totale peut être long, difficile, mais il vaut la peine d’être parcouru.

Le jour où il m’a dit :
« Je suis homo »

Ils se sentaient des pères et des mères comme les autres. Jusqu’au jour où leur enfant leur a annoncé qu’il était homosexuel. Pudiques et courageux, des témoignages de parents qui ont su dépasser cette “différence”.
Ils connaissaient l’homosexualité pour l’avoir vue « chez les autres ». Ils avaient, comme tout le monde, un avis sur le sujet fait de plus ou moins de tolérance en fonction de leur culture, de leur morale, de leur éducation. Jusqu’au jour où leur enfant leur a annoncé qu’il était homosexuel. Toutes leurs valeurs, même les plus libérales, ont alors volé en éclats. Parce qu’aucun n’y était préparé. Parce que, malgré l’évolution des mentalités, aucun parent n’est jamais prêt à devenir « parent d’homo ». Douleur, pleurs, incompréhension, rejet, culpabilité… Des mères, des pères et des beaux-pères racontent « ce jour où ils ont appris pour leur fils ou leur fille ». Ils parlent de ce qu’ils ont vécu, pour la plupart comme un choc, de leurs premières pensées, premières paroles, premiers gestes. Ils reviennent aussi sur les étapes qu’ils ont dû franchir avant « d’accepter »

Témoignages

Ç’a été un choc

Danièle : « Elle avait 25 ans quand elle nous l’a annoncé. Ç’a été un choc. Puis, j’ai compris pourquoi elle m’avait toujours paru “différente”. Il y a eu beaucoup de larmes, de moi dans ses bras et d’elle dans les miens. Au nom d’un immense amour. Après quinze jours passés à me remettre en question, je me suis dit : “Des erreurs d’éducation, tu as dû en commettre, comme tout le monde. Alors tu vas arrêter de les ressasser et progresser.” Mon mari m’a énormément soutenue, et nous nous sommes engagés ensemble dans la cause homosexuelle. Peu de temps après, nous défilions à la Gay Pride ; je chantais fort et je tenais ma pancarte très haut. Ma fille était tellement fière de moi ! »

Gérard : « Je m’en suis toujours plus ou moins douté. Il y avait ses amitiés féminines qui prenaient de plus en plus de place, ses histoires avec les garçons qui s’arrêtaient sans vraie raison. Alors, quand elle nous l’a annoncé, j’ai été soulagé et fier : soulagé de ne plus avoir à m’interroger, et fier qu’elle ose nous le dire. Ma première parole a été : “Tu n’as pas choisi la voie de la facilité, mais le principal c’est toi, que tu puisses vivre comme tu le souhaites, avec ta famille à tes côtés.” Je me suis demandé si cela aurait été différent si elle avait été un garçon. Finalement, ce qui fait la différence, c’est la capacité d’admettre que nos enfants ne seront pas comme on les imaginait, de savoir se dire que l’on ne fait pas des enfants pour soi, mais que c’est à eux de décider de leur vie. »

J’aurais voulu qu’il m’en parle avant

Il y a quatre ans, je l’ai croisé avec l’un de ses amis qui, je l’ai vu tout de suite, était homosexuel. Quelques mois plus tard, je me suis dit : “Il n’arrête pas de me parler de ce garçon… et si lui aussi était homo ?” Un soir où nous mangions en tête à tête, je lui ai posé la question. Il m’a répondu : “Oui… C’est grave ?” Spontanément, je lui ai dit que non, mais que j’aurais voulu qu’il m’en parle avant. Selon lui, “je le savais”. Dans les jours qui ont suivi, j’ai fait comme à peu près tous les parents : je me suis demandé d’où cela pouvait venir, s’il y en avait déjà eu dans la famille… Mais sans chercher plus loin. Je fais partie de ces très rares mères qui ont accepté d’emblée l’homosexualité de leur enfant. Pour moi, il y a des gens homos, d’autres hétéros, c’est la nature qui les fait ainsi, rien de plus. Je l’ai annoncé très vite à mes quatre frères et quatre sœurs. Certains m’ont félicitée de ma franchise et de mon courage, d’autres n’ont rien dit, mais de la façon dont je leur ai présenté la chose, il n’y avait pas de place pour les commentaires. C’est mon fils, il est comme ça, je ne juge pas ceux des autres, qu’on ne vienne pas juger le mien. D’autant que la relation d’amour qu’il vit avec son ami, beaucoup de couples hétéros peuvent la lui envier. »

« Nous étions à table. Mon fils, alors âgé de 19 ans, prend la parole : “J’ai quelque chose à vous dire. Devinez.” Ni moi ni mon mari ne trouvons. “Je suis homo et j’ai un ami.” Le choc. Mon mari a eu un malaise cardiaque. Moi, j’étais estomaquée. Le lendemain, j’ai cogité : “Qu’est-ce que j’ai fait de travers ?” J’ai voulu m’informer, en parler à des psys, cela m’a fait culpabiliser encore plus. Ma déprime a duré six mois, jusqu’à ce que je découvre une association de parents d’enfants homos. J’y ai rencontré des parents très différents. Ça m’a permis de comprendre qu’il n’existait pas de règles. Puis, mon fils a eu une phrase remarquable : “Même si tu étais responsable, je t’en remercierais, parce que je suis heureux comme ça.”

Aujourd’hui, nous le voyons régulièrement, avec son ami. Mon mari a toujours cette peine au fond de lui, mais il a la délicatesse de ne rien montrer. Le plus difficile a été d’admettre que nous n’aurions pas de petits-enfants, car il y a un an, notre fille nous a avoué qu’elle était lesbienne. Mais ça, nous nous en étions toujours plus ou moins doutés. Ç’a été moins difficile. Il n’y a pas ces images qui m’ont longtemps hantée, pour mon fils, ces images qui nous ont bloqués, mon mari et moi, au point de ne plus pouvoir faire l’amour… Ces images que l’on a fini par chasser, avec le temps, et grâce à la connaissance du milieu homo. Récemment, je leur ai demandé s’ils auraient aimé être de l’autre sexe. Ils m’ont spontanément répondu : “Surtout pas !” Alors, depuis, je ne m’interroge plus ; j’ai compris que j’avais deux enfants heureux d’être ce qu’ils sont. Pour une mère, c’est cela le plus important.

J’ai cru que j’allais mourir

« C’était il y a sept ans. Je trouvais que mon fils allait mal. Un jour, mon mari s’est énervé contre lui et je me suis interposée : “Laisse-le tranquille, il est sûrement amoureux.” Quelques jours plus tard, il est venu me voir : oui, il était amoureux. “Mais ce n’est pas d’une fille”, a-t-il ajouté. Ce que j’ai ressenti ? J’ai cru que j’allais mourir. Il m’a dit : “Maman, ça te fait aussi mal que ça ? Pourtant, aimer les filles ou les garçons, peu importe, aimer c’est aimer.” Je lui ai répondu que je savais que cela existait, mais que je ne souhaitais pas ça pour lui. Progressivement, il l’a dit à toute la famille, sauf à son père. Il avait trop peur.

Deux ans ont passé, puis il m’a demandé de le dire à son père. J’ai refusé : ce n’était pas à moi de le faire. Il a fait venir ses frères et nous avons tous assisté à la scène… Mon mari s’est mis à l’insulter, à dire qu’il haïssait les homos, que, s’il le pouvait, il les tuerait tous… C’était effroyable. Mon fils est parti. Pendant plusieurs mois, plus un mot sur le sujet. J’ai fini par parler à mon mari : je ne pouvais pas rejeter un fils à cause de lui, je ne voulais pas que ma famille soit divisée. Il a réfléchi. Aujourd’hui, même s’il refuse d’en parler, ses rapports avec son fils sont bons. De mon côté, je ne m’en veux pas d’avoir d’abord si mal réagi face à mon fils. Mais j’en veux à notre culture judéo-chrétienne, à nos éducations qui nous aveuglent et nous imposent autant de préjugés. »

 

Il avait mon soutien entier

Brigitte : « C’est sorti de sa bouche lors d’une dispute sans importance : “Je suis homo.” Ç’a été un choc. Je ne m’y attendais absolument pas. Pendant quatre jours, on n’en a pas reparlé et j’ai réfléchi, seule. J’étais trop “sonnée” pour pouvoir me confier à qui que ce soit. Et j’avais besoin de penser à la manière dont je devais réagir. Je ne voulais pas tenir des propos qui puissent lui faire du mal. J’ai pensé aux petits-enfants que je n’aurai pas, aux risques de maladies qu’il courait… Mais ce qui me souciait le plus, c’était le regard des autres : comment gérer cette différence vis-à-vis de la société ? J’ai reçu une éducation fondée sur la peur du qu’en-dira-t-on ; il a fallu que je fasse un vrai travail sur moi-même pour m’en défaire. Pendant deux ans, je n’en ai pas parlé : “C’est un secret entre nous”, m’avait dit mon fils. Il n’avait que 17 ans à l’époque et ne se sentait pas capable d’assumer son homosexualité. Le jour où il m’a dit qu’il était prêt, je me suis de suite tournée vers mon mari. Sa réaction a été très positive. Ensemble, nous avons décidé de nous investir pour la cause homosexuelle. Cela a changé ma vie : je me suis découvert un courage et une combativité que je ne me connaissais pas. Se battre pour la cause de son enfant, quelle qu’elle soit, c’est sans doute ce qu’il y a de plus épanouissant. »

Georges : « En tant que beau-père, j’avais plus de recul vis-à-vis de Benoît ; pour moi, l’annonce de son homosexualité n’a pas été un scoop. Mon seul souci a été de savoir s’il l’assumait. Cela m’aurait fait trop mal de le voir en souffrir. Sinon, il avait mon soutien entier. De toute façon, cela me paraissait impensable de réagir autrement, par respect des principes de tolérance que j’ai toujours défendus et, surtout, parce que j’aime ma femme. Pas une seconde, je n’ai imaginé la laisser seule vivre cette situation pendant que, moi, je resterais spectateur. Cette expérience a rendu notre couple plus fort encore. Elle m’a aussi rapproché de Benoît ; il sait qu’il peut compter sur moi. Avec son vrai père, ce n’est pas si simple… Ma réaction n’aurait pas été différente s’il avait été mon fils, parce que, pour moi, un enfant ne nous “appartient” pas : il est un être indépendant. On n’a donc pas à le juger, mais seulement à essayer de le comprendre et à le soutenir dans ses choix. C’est ce que Brigitte et moi avons voulu faire, et c’est sans doute ce qui a contribué à faire de Benoît un jeune homme épanoui… et fier de ses parents. »

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