La vocation prioritaire de Parents d’homos est d’aider les parents à affronter les difficultés qu’ils rencontrent lors de la révélation de l’homosexualité de leur fille ou de leur fils. Il s’agit de les aider à maintenir les liens qui les unissent à leur enfant et de préserver l’équilibre familial. Bien que les parents soient au centre de ses préoccupations, l’association ne peut ignorer les difficultés que rencontrent les homosexuel-le-s . Comprendre les parents, c’est aussi comprendre leurs enfants, connaître les difficultés qu’ils doivent affronter, les problèmes qu’ils rencontrent. C’est donc leur donner à eux aussi une place pour leurs témoignages.

Adolescents homosexuels : la révélation

Ils sont adolescents et homosexuels. A l’âge des premiers amours, ils découvrent le rejet et l’angoisse. Affirmer aujourd’hui sa différence n’est pas chose facile. Comment vivre son homosexualité ? Comment le dire ? Cette différence est très cher payée, parfois jusqu’à la mort. Nombreux sont creux qui  ont vu leur vie bouleversée par leur coming out, l’instant qui signe la fin des secrets auprès de la famille et des proches. Certains de ces jeunes ont été jetés à la rue par leurs parents.

La majorité de ces jeunes homosexuel-le-s en ont assez de se taire, de se cacher… Même si la peur du rejet persiste chez les jeunes homos, fille ou garçon, ils – elles entendent sortir de la clandestinité… à visage découvert.

Témoignages

Relevés lors de l’exposition Enlevez les étiquettes à l’Université de Genève (2010)

Le soulagement du coming-out
Ayant toujours été consciente de mon homosexualité, j’ai pourtant attendu mes 18 ans avant de commencer mon coming-out. Tout d’abord, car je voulais en être réellement sûre, et car mon premier amour, je l’ai attendu 18 ans. Après cette première expérience, j’ai su qu’il n’y avait pas de doute possible. II est vrai qu’avant ça, j’ai eu pas mal de petits copains en espérant trouver le bon. Mais ce n’était qu’une histoire de préférence en fin de compte, même si j’ai voulu me persuader d’autre chose.
J’ai fait mon coming-out lors d’une soirée, entourée de mes meilleurs amis, ainsi que de mon frère. Tous l’ont bien pris et étaient contents que je leur en fasse part. Mon frère fut très ému ce jour-là et m’a demandé pourquoi je ne lui avais jamais avoué avant. Je n’ai jamais répondu, je crois, mais la raison est tout simplement la peur. La peur de ne pas être acceptée telle que j’étais. Cette annonce a été un énorme soulagement. Je pouvais enfin parler de mes sentiments un peu plus profonds à mes amis. II ne me reste plus que mes parents à prévenir. Encore une fois par peur, même si je sais qu’ils sont très respectueux concernant ce sujet. Vrai en théorie… mais en réalité? J’attends donc une relation sérieuse avant de leur annoncer, ou même mieux qu’ils me tendent la perche, car j’ai parfois l’impression qu’ils se doutent tout de même de quelque chose.
Dans ma vie je n’ai jamais vraiment subi d’actes homophobes, mis à part quelques insultes. Je ne m’en suis pas trop préoccupée. Je pense qu’il faut faire preuve de respect en toute circonstance, et les personnes qui m’ont insultée ne l’étaient pas, ou faisaient partie d’une communauté n’acceptant pas les différences sexuelles comme il se devrait. Autrement, dans la rue, il est vrai qu’un couple homosexuel est beaucoup plus regardé. Cependant je n’ai pas senti de regard négatif. Ah ! Comme ça fait plaisir de pouvoir se tenir par la main sans penser aux autres…
Durant ma scolarité, il ne me semble pas avoir été informé des différentes orienta­tions sexuelles, mais d’un autre coté, on n’y prône pas non plus l’hétérosexualité pour autant. Je ne me suis donc jamais sentie exclue. Ce n’est qu’au collège que j’aurais pu avoir de plus amples informations grâce à des journées hors cadres.
Pour terminer, je dirai que je ne me sens absolument pas malheureuse d’avoir d’autres préférences. Si j’avais pu choisir, j’aurais sans doute choisi l’hétérosexualité par facilité. Afin de me trouver dans la soit disant « norme ». Mais aujourd’hui, pour rien au monde je ne voudrais changer d’orientation sexuelle. Je suis heureuse comme ça et serai totalement soulagée le jour où je l’annoncerai à mes parents

La face intérieure de ma vie
L’homophobie, quoi en dire? Je suis une jeune femme de 21 ans, et en ce moment, je sors avec un autre être comme moi, c’est-à-dire une femme. Donc, du point de vue du contexte qu’est ce témoignage, je suis du côté fragile de la barrière. Je tiens en effet à avancer cette idée de barrière, toujours présente et pesante, même vivant en Suisse en 2007.
J’ai mis environ trois ans à avouer mes préférences sentimentales à ma famille, de peur qu’ils me rejettent. Ce n’est quand même pas rien que de penser qu’une pareille affaire pourrait déstabiliser l’amour inconditionnel qu’est censé dévouer un parent à son enfant ! En fin de compte, j’admets que la pression et l’appréhension est puisée de l’extérieur, pourtant, dans mon cas, je me suis vraiment imaginé le pire des scénarios. Me faire déshériter par mes proches : non impensable. Mais maintenant que ma famille est au courant, et que nous sommes toujours proches, pourquoi ai-je finalement eu si peur, et de quoi? C’est sans doute la peur d’être différente, de sortir du moule surexposé par la société. Et je profite de mentionner que la peur de la différence ne provient pas uniquement dans un cas d’homosexualité, mais bien dans toutes situations qui franchiraient les limites tracées par les autres.
En effet, tout être a besoin de repères, de points d’identifications, et en avouant mon homosexualité, j’ai franchi un pas, que tant d’autres ont franchi avant moi, et je ne suis pas la dernière. J’ai passé une limite en ayant peur de m’électriser. On a toujours peur du rejet des autres.
Encore aujourd’hui, je suis hésitante, je calcule souvent mes gestes lorsque je suis avec mon amie en public. Je n’aime pas vivre comme cachottière la plupart du temps, mais finalement, je ne peux qu’en vouloir à moi-même, car jamais personne ne m’a insultée, ou harcelée de par mes pratiques. Dans un cas comme le mien, on ressent souvent un sentiment de profonde solitude, et d’incompréhension de la part des autres.
C’est pourquoi, j’ai voulu remettre sur pied, avec une équipe d’ami(e)s de l’université de Genève, un groupe d’étudiant(e)s homosexuel(le)s, bisexuel(le)s, et hétérosexuel(le)s, pour que quiconque veut aller de l’avant d’un point de vue de l’intégrité et de la diversité ne soit pas sous-estimé. Car nous sommes, en tant qu’étudiant(e)s de l’université les prochaines femmes et hommes politiques, les futures et futurs journalistes, juges, et surtout, parents !

Sans titre, ni étiquette
La consommation de masse est partout. Toute fonction de nos caprices du moment. Tout est presque calculé, étiqueté et doit-être prêt à vendre pour ensuite consommer le plus rapidement possible. Fast-food, fast-sex ; la mode change tout les 3 mois ! La sexualité n’a pas échappé à tout ce désordre public. Hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, transsexuel ; la liste continue : métrosexuel, cybersexuel, altersexuel, allosexuel… On dit : «stop !» Sans doute vous connaissez déjà ce que veulent dire ces termes. Je ne donne donc pas plus de détails. Mais sans blague, tout ça pour décrire ses préférences émotionnelles et sexuelles sur les plans amical et amoureux. Pourquoi on se complique la vie ? Est-on obligé de porter toutes ces étiquettes ? Je vous demande à vous, si vous vous êtes posé des ques­tions, si vos camarades de classe sont hétéro, bi, homo, et cie?
De mon côté, je vais bien, même très bien. J’ai une famille superbe et un formida­ble petit ami. J’adore mon métier, et mes collègues me stimulent et me font rire au travail. J’ai un superbe réseau social que j’apprécie. Bref, je respire, je vis ma vie et je profite de chaque instant qui se présente à moi. Mais il y a quelques années de ça, c’était impensable, comme si cet épanouissement ne m’était pas permis. Je n’ai pas souffert d’agression, ni de menace à propos de mon orientation sexuelle, mais ça a quand même été une longue route.
Dès l’âge de 18 ans, j’ai finalement accepté ce que je suis. Pendant mon adoles­cence (12-16 ans), le désir d’être comme tout le monde m’allait bien. C’était peut-être aussi pour me protéger des moqueries, ou les ignorer. Car je savais très bien qu’au fond de moi, je suis attiré par les garçons. Je ne vois aucune différence après tout d’aimer un homme ou une femme, c’est toujours aimer. La société, elle, ne voit pas ça comme ça ! Effectivement, mes parents ont vite vu que je suis dif­férent. Je devais me tenir correctement car ces gestes, ces tenues vestimentaires, ces expressions n’ont rien de viril à leurs yeux. Tout était non-permis. Ils n’ont jamais cherché à savoir pourquoi cette différence. «Tu dors avec une fille ou un garçon? « Tout était mal interprété. Avec tout ça, cela m’a empêché de chercher qui je suis vraiment, de savoir et de faire ce que je veux, ce que j’attends de cette vie.
Un jour d’été 1999, j’ai fait mon soi-disant coming-out auprès de ma soeur et de quelques amis. Je ne pouvais plus faire ça en silence. Je voulais quand même partager mes joies, espoirs et mes craintes à mes êtres aimés C’était également pour leur montrer que nous sommes tous pareils et que nous avons des besoins de partager des choses similaires. C’est seulement après ce moment que les gens qui m’ont abusé verbalement ont cessé de me faire des remarques désobligeantes par rapport à mon orientation sexuelle. Comme quoi, se montrer tels que nous sommes facilite les bons contacts. Mes parents ont remarqué que je vais mieux, que j’exprime mieux mes idées et que je suis plus vrai. Finalement, j’ai aussi la même valeur que ces gens « normaux ».
Dans cette société en évolution constante, la famille reste la pièce centrale pour moi. Elle commence à prendre de plus en plus d’autre formes ou structures. Le format « homme + femme = enfants » n’en est pas moins qu’un parmi tant d’autres maintenant. Tant qu’un foyer procure amour, protection et discipline, pourquoi ne pas lui donner le droit d’exister? La marche est encore longue. Mais tant que nous sommes vrais envers nous-mêmes, un petit pas est franchi contre les préjugés et les tabous.

 

Ecrire noir sur blanc
J’ai peur d’écrire noir sur blanc ce qui s’est passé dans ma vie. Peut-être ne suis-je pas encore prête à le dire ou tout simplement peut-être que mes cicatrices ne sont pas encore refermées.
C’est dur quand on est petite de se dire qu’on préfère les femmes. On se dit que ce n’est pas bien et on zappe quand il y a un film homosexuel. J’avais sans doute peur que l’on voie sur mon visage que cela m’intriguait.
Alors je suis sortie avec des garçons, mais je n’étais pas épanouie Que vais-je faire? Qui suis-je? Pourquoi? Ces questions me traversaient sans cesse l’esprit. Et puis un jour, j’ai eu le courage de le dire à ma mère. Ce fut difficile, ma mère ne l’a pas accepté, et, encore aujourd’hui, ce n’est pas encore totalement passé. Je me souviens qu’elle m’a dit que je devais aller voir un psychologue pour m’aider. Je me disais : « Mais pourquoi faire? Je ne suis pas malade. « J’ai refusé caté­goriquement d’y aller. Ce furent des années pénibles, car j’ai dû supporter les remarques blessantes de ma mère.
J’ai eu de la chance, car il y a eu une personne qui ne m’a pas jugée, qui a dit à ma mère de me laisser un peu tranquille : c’est ma grand-mère. Même si je tiens énormément à ma mère, personne ne me comprend aussi bien qu’elle. J’ai beaucoup de chance.Je peux comprendre que cette nouvelle fut un choc pour ma mère, car j’avais détruit la vision de ce qu’elle se faisait de mon avenir (mariage, enfants, etc). Pour moi, je n’ai rien détruit du tout, car, avec ma copine, j’ai énormément de projets. Je veux me marier et fonder une famille avec elle. Je suis la femme la plus heureuse du monde et la plus épanouie. Elle m’aime, je l’aime, c’est le plus important pour moi et c’est ce qui me fait vivre.

Moi? Hétéro?
Différents, nous le sommes tous les uns des autres. Et cela dans de très nombreux domaines. L’un d’eux concerne notre orientation sexuelle. En ce qui me concerne, je suis un homme et ce sont les femmes qui m’attirent. Normal? Banal? Pas tant que ça… En effet, ce n’est pas le cas pour toute la population et mon hétérosexualité fait donc partie de ma personnalité.
En effet, lorsque je regarde autour de moi, force est de constater que certains de mes amis ont une orientation sexuelle différente. Parmi mes camarades du collège, plusieurs étaient homosexuel(le)s. Certains l’assumaient et cela était relativement bien accepté par le reste du collège. Pour d’autres, l’extérioriser représentait une étape encore trop difficile. Le cercle d’amis le plus proche le savait, mais pour les autres, cela restait inconnu. Et en apprenant que la « petite amie » de l’un d’entre eux, qui habitait à une heure de train de Genève, était en réalité un garçon, j’ai d’autant plus évalué la pression que doivent ressentir ces personnes.
Mais pourquoi tant de difficulté? Le regard des autres? La pression de la société? A mon avis, les problèmes sont multiples. Je dois avouer, par exemple, que voir deux hommes s’embrasser, me paraît encore aujourd’hui pas,»normal». Certes, cela n’est pas un comportement exemplaire, mais à quoi bon se mentir ? Par contre, le plus important, à mon sens, est de passer l’étape du rejet et faire l’effort d’accepter que pour ces deux personnes, cela représente justement le «normal» que nous concevons différemment.
Pour terminer, je pense qu’il est aujourd’hui temps, pour chacun d’entre nous, d’essayer de faire un effort. Rappelons-nous toujours qu’il ne s’agit pas d’une situation facile pour les personnes en question et qu’il nous incombe donc de les aider plutôt que de les catégoriser.